Conférences « Paléontologie et planétologie – juste une histoire d’O(s) »
26 mars @ 9h30 - 17h00
Priscilla BAYLE, Maîtresse de conférences, UMR 5199 PACEA, Université de Bordeaux
Quand les Os et l’Odontologie racontent l’évolution humaine : Une histoire d’os et d’odontologie où le terrain, le laboratoire et l’interdisciplinarité se mêlent pour construire et transmettre les connaissances et pratiques de la paléoanthropologie. Les humanités passées se révèlent souvent à partir d’indices discrets, tels des dents fossilisées et des sites difficiles d’accès.Dans cette présentation rétrospective de mon parcours en paléoanthropologie, il sera question d’humanités passées, de dents fossilisées et de grottes perchées. Les humanités passées seront celles de l’Europe occidentale entre 200 000 ans et 10 000 ans avant le présent, et les dents fossilisées celles de Néandertaliens et d’Homo sapiens pléistocènes, dont l’étude éclaire les relations de parenté entre groupes humains, les modes de croissance et, plus généralement, les modes de vie. Quant aux grottes perchées, il s’agira d’une nommée Sirogne, perchée dans les causses du Quercy et ayant livré presque une centaine de vestiges néandertaliens.
Loic COSTEUR– Responsable – Conservateur collections Géosciences – Muséum d’Histoire Naturelle – Bâle – Suisse
Des O(s) et des Oreilles dans l’histoire des ruminants : Les ruminants accompagnent l’évolution de l’homme depuis son origine. Ils sont des acteurs majeurs de notre culture et de notre économie. Leur histoire évolutive remonte à plus de 40 millions d’années. Jusqu’à assez récemment, elle ne se révélait que de manière parcellaire. Je propose ici une mise en perspective de 20 ans de travail paléontologique au cours desquels les approches, les méthodes et les découvertes ont remodelé et précisé notre connaissance de ce groupe, de son origine en Asie en passant par l’avènement des familles emblématiques actuelles, girafes, cerfs ou bovidés. Une histoire d’os et d’oreilles dans laquelle le laboratoire de Planétologie et Géosciences de Nantes a joué un rôle non négligeable !
Alexandra HOUSSAYE – Directrice Recherche CNRS –MECADEV – UMR 7179 – Muséum national d’Histoire naturelle, Paris
Étudier la structure des O(s) en paléontologie : Montre-moi tes os et je te dirai comment tu te déplaçais, réfléchirai à reconstruire ton histoire évolutive, et chercherai à caractériser et m’inspirer des adaptations biomécaniques de ton squelette. Le squelette s’adapte aux contraintes mécaniques qu’il subit, et ce aussi bien au niveau de la forme des os que de leur structure interne. Nos travaux s’intéressent à mettre en évidence les relations forme-fonction au niveau du squelette des vertébrés afin de comprendre comment l’os s’adapte, ce qui permet ensuite d’améliorer les inférences paléoécologiques sur des formes éteintes et ainsi de mieux reconstituer les étapes de l’histoire évolutives de diverses lignées. Je me suis particulièrement intéressée à la conquête du milieu aquatique par les mammifères et reptiles (e.g., cétacés, siréniens, mosasaures, ichthyosaures) et à l’adaptation à un poids massif chez les mammifères et reptiles terrestres lourds (e.g., rhinocéros, éléphants, dinosaures sauropodes et théropodes). Nos approches combinent des analyses en 3D de la forme et de la structure interne (via la tomographie à rayons X) d’os d’une grande diversité d’organismes, ainsi que des analyses biomécaniques. De plus, travailler sur ces relations forme-fonction permet de réfléchir à des possibilités de paléo-bioinspiration.
Olivier MARIDET – Conservateur – Jurassica Museum – Porrentruy – Suisse / Chercheur associé – Uni. Fribourg – Suisse
« La grande coupure » : Histoire évolutive et paléO(s)-biogéographie(s) des mammifères européens à la transition Eocène-Oligocène : L’étude des changements climatiques passés et de leur impact sur la biosphère est un enjeu majeur de la recherche, face au changement climatique rapide que connaît notre planète aujourd’hui. En 1909, le paléontologue bâlois Hans Georg Stehlin publie une étude décrivant « le plus important et le plus soudain changement connu pour toute la durée des temps tertiaires », daté de 34 millions d’années et marquant la transition entre deux périodes géologiques clés dans l’histoire évolutive des mammifères : l’Éocène et l’Oligocène. Hans Georg Stehlin a alors nommé cet événement la « Grande Coupure ». Depuis cette découverte, de nombreux chercheurs ont étudié les fossiles de vertébrés, notamment de mammifères, d’autres régions du monde afin de trouver un événement équivalent. Un changement climatique global s’est effectivement produit à la limite entre l’Éocène et l’Oligocène, mais son impact semble très différent sur les faunes terrestres dans différentes régions du monde. Grâce à de nouvelles découvertes de mammifères fossiles en Europe, cette « Grande Coupure » fait aujourd’hui l’objet de nouvelles études, qui permettent de mieux comprendre l’histoire évolutive des mammifères en Europe, et plus généralement apporte un regard neuf sur celle des faunes terrestres dans le monde lors de cette transition Éocène-Oligocène.
Grégoire METAIS – Chargé de Recherche CNRS, CR2P, UMR 7207, Muséum national d’Histoire naturelle, Paris
Dispersion des mammifères terrestres durant le Paléogène – au-delà des O-céans (66-34 Ma) : La dispersion active d’organismes terrestres entre deux aires séparées par des barrières océaniques est un processus évolutif majeur en biogéographie, et qui a contribué à modeler la biodiversité et sa répartition sur Terre telle qu’on la connait aujourd’hui. Il existe dans le registre fossile des exemples spectaculaires de dispersions transocéaniques dont le timing et les mécanismes continuent d’être très débattus. Par exemple, au cours de l’Éocène moyen (~40 Ma), les primates anthropoïdes et les rongeurs se sont dispersés à travers l’océan Néotéthys, large de 500 à 2 000 km pour coloniser l’Afro-Arabie, puis, dans la foulée, ont traversé l’océan Atlantique Sud, large de 1 500 à 2 000 km, pour coloniser l’Amérique du Sud. Comment ces mammifères terrestres ont-ils pu réaliser des dispersions aussi remarquables, et quelles sont les conditions abiotiques (paléogéographiques, climatiques) permettant ou favorisant ces phénomènes paléobiologiques ?
Contact : Stéphane Pochat